Gramsci dans le nuage

jeudi 15 septembre 2011, par jps29

Comme mon sujet de thèse le laisse entrevoir, je travaille sur les luttes pour l’hégémonie que se livrent classes et groupes sociaux dans le Finistère, plus particulièrement, mais pas seulement, au moment du Front populaire. D’où mon intérêt pour le concept gramscien d’hégémonie sur lequel j’aurai l’occasion de revenir.

Curieux de nature, j’ai passé à la moulinette un écrit d’Antonio Gramsci sur la « Question méridionale » qui met en lumière, dans le cadre d’une analyse historicisée, l’analyse des rapports de classe dans le sud de l’Italie. Ce texte, Quelques thèmes de la question méridionale, aborde une situation historique proche chronologiquement de la mienne : il a été publié en octobre 1926. Bien sur, il n’est pas question de plaquer les analyses d’Antonio Gramsci sur la situation finistérienne mais simplement de faire une analyse du texte qui permettent d’en ressortir les éléments clés.

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Le résultat est parlant : les intellectuels jouent un rôle central dans cette analyse de Gramsci. Mais, avant d’aborder très succinctement ce rôle, voyons qui Antonio Gramsci range t-il dans le groupe social des intellectuels.

Ces groupes ne se limitent pas aux producteurs de savoir mais englobent, bien plus largement, les clercs, les enseignants, les techniciens, les fonctionnaires, ... Une situation particulière : les membres du Parti communiste sont tous des intellectuels pour le théoricien italien. L’intellectuel ne se définit pas chez Gramsci par oposition au travailleur manuel et comme producteur et vecteur de l’idéologie dominante ou de celle qui cherche à lui suppléer.


Les intellectuels ne forment pas un groupe unique, caractérisé par des intérêts propres et rattaché à une seule classe sociale, la classe sociale dominante du bloc historique du moment. Pour Gramsci, ces groupes ont un lien organique — d’où l’expression, maintenant largement diffusée voire galvaudée, d’intellectuels organiques — plus ou moins lâche avec les classes sociales auxquelles ils sont reliés organiquement. Gramsci fait cependant une distinction à l’intérieur de la catégorie intellectuels. Dans une période historique donnée, une classe sociale exerce un pouvoir qui oscille selon les moments entre coercition et consensus. Les intellectuels travaillent à l’instauration et à la pérennité du consensus. Cependant, une classe sociale hégémonique n’a pas, par nature, la capacité à le rester éternellement. La roue peut tourner. La noblesse a ainsi perdu face à la bourgeoisie le combat pour l’hégémonie et l’exercice du pouvoir. Quid alors de la place des intellectuels organiquement liés à une classe qui perd le contrôle de la société politique et de la société civile ? Gramsci qualifie les intellectuels liés à cette classe sociale d’intellectuels traditionnels. Les intellectuels organiquement reliés à des rapports sociaux disparus ne s’éclipsent cependant pas et continuent à vouloir exercer leur fonction historique. Les membres de l’Eglise jouent en partie ce rôle. Cette analyse de Gramsci revêt une importance considérable dans notre travail.

Ce sont les porteurs indispensables de l’hégémonie culturelle qui permettent au bloc historique de se maintenir au pouvoir par l’adhésion et non uniquement par le coercition. Les intellectuels doivent favoriser le « consensus actif des masses populaires » (Gramsci, cahier 15, § 33). Ouvriers et paysans sont au coeur de sa problématique de conquête du pouvoir. La classe ouvrière, qui ne peut accéder seule à la direction effective du nouveau bloc historique, doit s’attirer la bienveillance active d’alliés. Le consentement de la paysannerie à une alliance avec le prolétariat est un passage obligé dans une perspective gramscienne de prise du pouvoir. Le contrôle de la société civile et de la société politique ne peuvent être coercitifs sinon, le changement d’hégémonie est compromis, faute de partenaires. C’est une grille de lecture à tester pour l’analyse des tentatives d’approche du monde rural par les organisations ouvrières dans le Finistère. Les campagnes de diffusion de La Terre Libre par le syndicat des instituteurs ou les tentatives d’implantation de sections CGT chez les ouvriers agricoles participent certainement de cette stratégie, qu’elle soit assumée ou non comme telle.

(A suivre ...)


Pour l’aspect technique, voici le code adapté (les librairies R tm et wordcloud ont été mises à contributions) :

library("tm")
library("wordcloud")
library("RColorBrewer")
gramsci <- Corpus(DirSource(" /Documents/TravauxJPS/AnalyseTextuelle/textes/"))
 
gramsci
 
ozMatBaum <- TermDocumentMatrix(gramsci[1])
baum <- findFreqTerms(ozMatBaum, 70)
baum
 
inspect(gramsci[1])
 
gramsci <- tm_map(gramsci, stripWhitespace)
gramsci <- tm_map(gramsci, tolower)
gramsci <- tm_map(gramsci, removeWords, stopwords("french"))
 
gramsci <- tm_map(gramsci, removePunctuation)
gramsci <- tm_map(gramsci, function(x) removeWords(x, stopwords("french")))
motsAsupprimer <-c("nest","dune","quil","plus","bien","entre","cette","chez","sest","cest","lon","nont","cestàdire","dun","quils")
gramsci <- tm_map(gramsci, removeWords, motsAsupprimer)
 
 
 
ap.tdm <- TermDocumentMatrix(gramsci)
ap.m <- as.matrix(ap.tdm)
ap.v <- sort(rowSums(ap.m),decreasing=TRUE)
ap.d <- data.frame(word = names(ap.v),freq=ap.v)
table(ap.d$freq)
pal2 <- brewer.pal(8,"Dark2")
png("NuageGramsci.png", width=1280,height=800)
wordcloud(ap.d$word,ap.d$freq, scale=c(6,.2),min.freq=3,
max.words=Inf, random.order=FALSE, rot.per=.15, colors=pal2)
dev.off()

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